La série fut retenue pour son écriture plus complète et mature. Le classique “va secourir la princesse” se transforme en aventure à travers le continent regorgeant de retournement de situation, d’amour et de décès. C’est ainsi que la durée de vie de chaque opus avoisine les 30 heures de jeu environ. Sa direction artistique, son système de combat au tour par tour, ses cinématiques en CGI impressionnantes et ses musiques orchestrales en font une série unique qui inspira de nombreuses œuvres aux fils des ans.

La série a posé et/ou popularisé les fondamentaux de ce que sont les jeux de rôles aujourd’hui, à savoir les différents types de magies, les altérations d’états, etc…


Final Fantasy VII : Comment une œuvre est devenue culte grâce à son antagoniste.

C’est quoi Final Fantasy ?
Mettons un peu de contexte avant de plonger dans l’essentiel : Final Fantasy est une série de Jeu de Rôles japonais créée par Hironobu Sakaguchi dont le premier opus est sorti en 1987 sur la console de Nintendo (NES).

Chaque jeu raconte une histoire différente principalement dans un univers heroic fantasy. Vous contrôlez un héros, assisté de ses compagnons, parcourant le monde afin d’éradiquer le mal. Au cours des aventures, vous pourrez jouer un guerrier, un mage (blanc, noir,...), un voleur, etc... 


Certaines créatures de l’univers Final Fantasy font aujourd’hui partie de la pop culture (les chocobos et les mogs).

Depuis presque 35 ans et 15 jeux (sans compter les spins off), la licence Final Fantasy a marqué plusieurs générations et chaque sortie d’un Final Fantasy est un événement. 

Final Fantasy VII
En 1997, soit après 10 ans d’existence, sort le 7ème opus de la franchise dans le monde entier.

Ce dernier est différent car c’est le premier Final Fantasy en 3D. Et pour la toute première fois, cet opus ne se passe pas dans un univers médiéval-fantastique mais plutôt dans un univers futuriste “cyberpunk”.


L’histoire se déroule sur la planète Gaïa, dans la ville de Midgar. La Shinra, une très puissante entreprise, domine la planète que ce soit de manière politique, économique et militaire et exploite l’énergie de la planète pour ses propres intérêts.

On y incarne Cloud, un ancien soldat de la Shinra qui a rejoint les rangs de “Avalanche”; une organisation terroriste bien décidée à faire tomber la Shinra et ainsi libérer la planète. Cloud est accompagné par plusieurs acolytes comme Barret, Tifa, Aerith, Cid ou encore Yuffie. Des personnages hauts en couleurs auxquel on s’attache vraiment.

C’est une histoire très classique qui aurait tout à fait été acceptée. Mais les scénaristes avaient des projets plus grands pour cet opus. Un autre antagoniste tellement charismatique, puissant et travaillé, qu’il permettra au jeu et à ce personnage, de s’inscrire dans la mémoire des joueurs.


Une arrivée marquante

Après plusieurs heures de jeu, Cloud se remémore un village ravagé par les flammes et jonché de morts. Des cris de terreur s’entendent. Cloud continue d’avancer et fini par tomber nez à nez devant celui qui sera son Némésis. Des long cheveux argentés, un grand manteau noir, une fine épée extrêmement longue. Il se tient au milieu des flammes dont il est à l’origine. C’est Sephiroth. Il lève lentement les yeux, regarde Cloud avant de partir dans la direction opposée en traversant les flammes. 



Depuis cet instant et jusqu’à la fin de l’histoire, Sephiroth devient l’antagoniste principal et met une pression incroyable sur les protagonistes.

Même son thème musical L’Ange à une aile est devenu aussi iconique que son personnage. Un orchestre qui commence par des percussions pour enchaîner avec des sons stridents de violons donnant un aspect de crainte. Des cœurs d’hommes et de femmes parlant le latin tout en étant accompagnés par l’orchestre. Personnellement, ce thème musical m'a suscité de la crainte.




Plus tard, on apprend que Sephiroth compte invoquer un météore pour briser la planète, s’emparer de la source de vie qui se trouve à l’intérieur afin d’atteindre le stade de divinité et ainsi prendre le contrôle de la planète.

Certes l’histoire prend de l’ampleur grâce à ce retournement scénaristique.

Mais il y avait 6 autres antagonistes de Final Fantasy avant lui tout aussi travaillé. Pourquoi l’a-t-on retenu lui et pas un autre ? Comment Sephiroth est devenu une véritable icône au point d’apparaître dans d’autres œuvres ? C’est grâce à sa personnalité bien sûr, à sa relation avec Cloud qui partagent le même ADN, à son but de détruire la planète, à son thème musical.

Mais surtout, il tue Aerith, un des personnages principaux jouables.


Du jamais vu.




Une mort inoubliable

Aerith est une jeune fille qui m’offre un vent de fraîcheur dans ce jeu aux allures “cyberpunk”. Nous faisons sa connaissance très tôt et je suis tout de suite charmé par sa douceur et sa gentillesse. Marchande de fleurs au départ, elle est poursuivie par la Shinra à cause de son don de communiquer avec la planète et de sa sensibilité à l’environnement. Elle est le soutien du groupe et nous accompagne dans notre quête en tant que soigneuse pendant plus d’une dizaine d’heures de jeu.


La scène de sa mort est inoubliable : Aerith est à genoux en train de prier pour la planète. Et à la surprise générale, Sephiroth apparaît depuis les cieux et transperce Aerith avec sa lame.

Aerith

Cette dernière s'effondre dans les bras de Cloud. Le thème musical d'Aerith est joué au piano en arrière-fond sonore.

Pour la première fois, une cinématique m’a ému et m’a arraché une larme. Après cette terrible perte, Cloud dépose Aerith dans un lac un peu plus loin et son corps s'enfonce dans les profondeurs pour toujours.

La perte est inconsolable pour moi. Comme beaucoup de gens, je croyais que Aerith réapparaîtrait à un moment donné. Il existait des rumeurs de codes, de secrets et de techniques circulant dans les cours de récré et les magazines de jeux vidéo sur comment faire réapparaître Aerith. Mais rien ne marchait. Je devais me rendre à l’évidence : Aerith était bel et bien morte.

Avec cette mort quelque chose s’est brisé dans la narration : le bouclier scénaristique.

Que ce soit dans un film ou un jeu, le protagoniste est protégé par ce qu’on appelle le bouclier scénaristique. Ce qui veut dire que peu importe ce qui arrivera, le personnage principal ne peut pas mourir ; sinon il y a plus de film !

Dans un jeu, si le héros meurt, la partie recommence au dernier checkpoint. Mais pas cette fois. On a déjà vu un personnage dans un jeu mourir ; mais jamais un personnage qui faisait partie de l’aventure, qu’on pouvait contrôler.


À partir de ce moment, plus rien n’était sûr pour nos héros. Ils avaient tous une épée de damoclès au-dessus de leurs têtes. Après avoir vécu cette mort, une question est apparue dans ma tête : si Aerith est morte, qu’est-ce qui me dit que mes autres compagnons que j'ai suivis pendant plusieurs heures de jeu et que j’ai appris à aimer pour leurs liens entre eux, leur charisme, leurs aventures, leur passé, ne vont pas aussi mourir ?

Je craignais qu'à un moment, Sephiroth apparaisse à nouveau par surprise et prenne la vie d’un autre de mes compagnons. Et je pense que je ne suis pas le seul joueur à avoir eu cette paranoïa.

Ce doute a plané en moi jusqu’à la fin de l’aventure.

Une formidable expérience narrative et visuelle

Grâce à Final Fantasy 7, Squaresoft a fait ce que personne n’avait osé faire dans le monde du jeu vidéo. Et ce, 14 ans avant Game Of Thrones.

Depuis ce jour et grâce à ses actions, Sephiroth est devenu une icône à part entière, à tel point qu’il apparaît dans divers autres jeux en tant que boss coriace et est même jouable dans Super Smash Bros Ultimate avec toujours son même thème iconique.

Lorsque j’avais la manette en main, je suivais l’histoire et jouais comme n’importe quel autre jeu. Mais lorsque Sephiroth planta sa lame dans Aerith, ce fût quelque chose auquel je ne m’attendais absolument pas. Et à partir de ce moment-là, je ne jouais plus juste pour le plaisir, mais pour connaître la suite de l'histoire, le dénouement final et pour me venger de Sephiroth. J’avais littéralement l’impression de faire partie de l’aventure avec Cloud et ses amis. J’ai été transporté ailleurs, comme avec aucune autre œuvre à l’époque.

Aujourd’hui les œuvres ont progressé en narration et en développement de personnage mais dans les années 90, Final Fantasy 7 était en avance sur son temps.


Avec la mort d’Aerith, Sephiroth a non seulement tué un être cher à mes yeux de joueur et ceux des autres, mais a, grâce à ça, eu le titre de plus grand méchant de l’histoire du jeu vidéo et a fait de Final Fantasy 7 un des meilleurs jeux jamais créés. Il est devenu inoubliable et immortel en un mot, un dieu.


Dans un sens, Sephiroth a atteint son objectif.

un coup de coeur de Théo Follain, le 5 novembre 2021