LA SOURCE AUX AUTEURS

Marie 

et les pêcheurs de mots

C'est l'histoire du Mardi 23 Mars 2021 à 9h30 tapantes. Une histoire somme toute routinière si mon chemin hasardeux n'avait pas croisé celui d'une source magique dont je vais vous conter l'histoire. La source aux auteurs...un nom mystérieux, qu'on ne peut prononcer seulement que par les nuits noires de pleine lune, dit-on.

Cette source ne tarit jamais de mots qu'il faut attraper à la volée ; sans quoi les mots s'en vont, s'envolent, et s'accrochent aux nuages.

Je m'approchai donc de son bord, attirée par quelques pêcheurs de mots aux sourires larges, cachés derrière d'étranges masques bleus. Ils me saluèrent puis me mirent entre les mains une de leur canne à pêche étincelante.


« Viens attraper des mots avec nous ! », me lança Georgia dans une envolée de rire qui surprit les oiseaux aux alentours.


Les autres s'en donnaient à cœur joie : il y avait Yamina, Zahoua, Arnaud et Luc. Tous pêcheurs aguerris, leurs poches lourdes de mots menaçaient de craquer à tout instant. Curieuse, je leur demandai d'en regarder le contenu.


« Il faudra d'abord nous montrer ce que tu caches dans les tiennes ! », dit Georgia dont le rire surprit cette fois-ci les chênes voisins.


Ingénue, je secouai mes poches sur l'herbe grasse et quelle ne fut pas ma surprise lorsqu'un ruban de crinoline long de 3 chênes en sortit. Dessus était gravée une histoire dont je semblai être la protagoniste en tous points, celle d'une statue mouvante refusant toute emprise sur son corps et sur ses désirs.

























« Allez, à ton tour ! », le troisième rire de Georgia déplaça les nuages de quelques centimètres.

Timidement d'abord, puis pleine d'exaltation je tirai mille rubans des poches de ces pêcheurs si singuliers. Il y en avait pour tous les goûts : lins, dentelles, galons multicolores, carmins, azurés, lisses, visqueux...

Voilà ce dont je me souviens : Yamina et Zahoua portaient des rubans chauds couleur de ciels, leurs mots contaient une histoire d'émancipation et de jeunesse qui essaie de se souvenir.

Arnaud, lui, avait un ruban translucide brodé de cristaux délicats. On y lisait la soif d'un ver de lune pour un au-delà fantasmé, et sa solitude face à sa différence.

Luc arborait quant à lui un ruban en cuir vieilli, le genre qui a vagabondé, traversé les âges et les misères. On y trouvait gravé dessus des récits de lutte des classes, de quête d'une vie meilleure au milieu du chaos.

Et enfin, Georgia sortit un ruban aussi agité d'un feu follet, couleur de lune. On y lisait la poésie de l'enfance et les mots de l'amour.

Les autres pêcheurs, bienveillants, recueillirent le ruban avec précaution puis parlèrent longuement de l'histoire qui y était gravée, comme pour lui donner vie.

C'est ainsi que le Mardi 23 Mars 2021 après 9h30 tapantes, je devins à mon tour pêcheuse dans cette source magique, fascinée par tous ces rubans merveilleux. Je vous recommande d'ailleurs chaudement d'aller y promener vos mots par temps nuageux, de soleil ou de pluie. Vous y trouverez à coup sûr, un pêcheur les poches pleines, n'attendant que de regarder dans les vôtres pour vous montrer ses rubans.

Marie Miani, 23/03/2021